Agroécologie et développement endogène en Bolivie : un nouveau paradigme ?

La Bolivie est un pays où les petits paysans indigènes, « pueblo originario », ont réussi à conserver des traditions agricoles fortes, basées sur le respect de la terre et le renouvellement de sa fertilité ; et cela, malgré des siècles de colonisation espagnole suivit d’un capitalisme aux conséquences dévastatrices pour les cultures locales… La petite agriculture bolivienne, que certains considèrent comme étant « archaïque », est aujourd’hui bien plus « écologique » et « durable » que l’agriculture moderne industrialisée.

Pour comprendre l’émergence de l’agroécologie en Bolivie, il nous apparaît indispensable de s’intéresser d’abord à l’histoire agraire du pays, qui a forgé la structuration actuelle du monde rural. Comme dans tous les pays latino-américains,  cette histoire est avant tout liée aux luttes paysannes pour la terre, « question de vie ou de mort » pour tout un peuple dont la vie quotidienne s’articule autour d’une petite agriculture de subsistance.

Dans ce contexte, où le droit au foncier est une question centrale, l’agroécologie s’est érigée en nouveau paradigme, alternative au modèle occidental du développement. Cette « agroécologie du sud » vise avant tout à revaloriser les savoirs des paysans, malheureusement dénigrés par la société moderne, selon le concept d’un « développement endogène ».

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Réformes agraires et révoltes paysannes au Mexique …

Cet article a pour but de dresser un portrait de l´agriculture au Mexique, en rappelant les évènements historiques qui ont façonné le milieu rural du pays,  pour aboutir au contexte agricole actuel.  La dernière partie est consacrée à l´émergence de l´agro-écologie dans le pays, et des différents courants que l´on peut y rencontrer.

Cet article est certes un peu longuet, mais la longueur en vaut la chandelle !

1. Destruction des sociétés préhispaniques et constitution des grandes haciendas

Quand les conquistadores espagnols débarquèrent sur les rives du Mexique au 16ème siècle, l’empire aztèque était en plein essor. Les zones du haut plateau central étaient très densément peuplées et on y pratiquait une agriculture intensive, surtout autour des grands lacs où les terres étaient très fertiles et facilement irrigables. Les plaines littorales plus escarpées étaient beaucoup moins peuplées, y dominaient la culture sur abattit-brulis (notamment au Chiapas).

Les agriculteurs payaient de lourds tributs en produit ou en travail aux classes dominantes (qui ont permis de construire les fabuleux temples que nous connaissons), et les indigènes mayas récemment soumis avaient de forts ressentiments contre les aztèques, sans parler des fortes dissensions au sein même de l’empire. Dans ce climat de tension, il fut facile pour la couronne espagnole d’assujettir la population pour faire tomber la civilisation aztèque. L’administration et l’évangélisation furent confiées aux conquérants sous le régime de l’encomienda : les conquistadores étaient chargés de lever le tribut que les indigènes, nouveaux « sujets du roi », devaient à la Couronne.

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Histoire agraire et émergence de l’agroécologie à Cuba

Pour mieux comprendre l’apparition, l’évolution et la place actuelle de l’agroécologie à Cuba, nous allons vous donner un aperçu de l’histoire agraire cubaine.

Révolution socialiste et « révolution verte » (1959 à 1990)

Durant l’époque coloniale et postcoloniale, le modèle agricole cubain est très largement tourné vers l’exportation de sucre vers l’Europe et les Etats Unis.

En 1959, la révolution menée par Fidel Castro a pour objectif de rompre avec cette structuration coloniale de l’agriculture. Le gouvernement révolutionnaire met très vite en place une première réforme agraire (1959), qui sera suivie d’une deuxième en 1963. Les grandes résolutions prises alors sont : la suppression des grands domaines privés, la limitation de la propriété de la terre à 67 hectares par individu et la conversion des « latifundium » en fermes d’Etat  ou en fermes militaires. Les fermes d’Etat, gérées par le Ministère du Sucre (MINAZ ), sont dédiées aux cultures d’exportation (canne à sucre, tabac et agrumes) et aux grandes cultures (riz et banane principalement). Les fermes militaires sont gérées par le Ministère des Forces Armées (MINFAR).

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