Réformes agraires et révoltes paysannes au Mexique …

Cet article a pour but de dresser un portrait de l´agriculture au Mexique, en rappelant les évènements historiques qui ont façonné le milieu rural du pays,  pour aboutir au contexte agricole actuel.  La dernière partie est consacrée à l´émergence de l´agro-écologie dans le pays, et des différents courants que l´on peut y rencontrer.

Cet article est certes un peu longuet, mais la longueur en vaut la chandelle !

1. Destruction des sociétés préhispaniques et constitution des grandes haciendas

Quand les conquistadores espagnols débarquèrent sur les rives du Mexique au 16ème siècle, l’empire aztèque était en plein essor. Les zones du haut plateau central étaient très densément peuplées et on y pratiquait une agriculture intensive, surtout autour des grands lacs où les terres étaient très fertiles et facilement irrigables. Les plaines littorales plus escarpées étaient beaucoup moins peuplées, y dominaient la culture sur abattit-brulis (notamment au Chiapas).

Les agriculteurs payaient de lourds tributs en produit ou en travail aux classes dominantes (qui ont permis de construire les fabuleux temples que nous connaissons), et les indigènes mayas récemment soumis avaient de forts ressentiments contre les aztèques, sans parler des fortes dissensions au sein même de l’empire. Dans ce climat de tension, il fut facile pour la couronne espagnole d’assujettir la population pour faire tomber la civilisation aztèque. L’administration et l’évangélisation furent confiées aux conquérants sous le régime de l’encomienda : les conquistadores étaient chargés de lever le tribut que les indigènes, nouveaux « sujets du roi », devaient à la Couronne.

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Protection de la biodiversité ou déstructuration sociale de minorités indigènes ?

 “Cuando se habla de territorio, no se trata solo de una extensión de terreno con recursos para planificar, sino de la tierra y de quienes con sus necesidades sus miedos y sus sueños, la habitan.”

“Quand on parle de territoire, il ne s’agit pas seulement d’une extension de terrains avec des ressources à gérer, mais plutôt d’une terre et de ceux qui l’habitent, avec leurs nécessités, leurs peurs et leurs rêves.”

(Gabriella F. S.)

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Pour cet article, nous avons souhaité sortir des sentiers battus agroécologiques pour vous raconter l’histoire mouvementée d’une communauté « relocalisée » à plusieurs reprises par le gouvernement mexicain. Le prétexte : il fallait protéger la biodiversité dans des régions déclarées « réserve nationale » ou « réserve de la Biosphère »…

Situé au sud-est de la République du Mexique, l’Etat de Campeche abrite la Réserve de biosphère de Calakmul (où se trouve une très ancienne cité Maya perdue au milieu de la jungle mexicaine). A la périphérie de cette réserve naturelle, nous sommes allées à la rencontre de « Union 20 de junio », communauté également appelée « la Mancolana ». Parmi ses habitants, Don Juan, un maya Tzeltal originaire du Chiapas, nous a raconté son histoire…

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UBPC La Ketty, un “organopónico” d’excellence !

à Caney, Santiago de Cuba

Tania, ingénieure agronome et chef de production dans l’UBPC[i] La Ketty, a été notre guide dans cet organopónico d’excellence situé à 3 km de Santiago de Cuba. Les organopónicos sont LA «  vitrine » de l’agroécologie à Cuba et une des formes les plus connues de l’agriculture urbaine. Ceux-ci combinent une haute productivité sur de petites surfaces avec une grandes diversité de cultures maraîchères, et ce, sans utiliser d’intrants chimiques (dont l’utilisation n’est autorisée qu’en cas d’extrême urgence).

Cet article n’apporte qu’une vision partielle de ce que sont les organopónicos à Cuba. Nous nous contenterons donc de vous résituer ce que nous avons appris durant cette après-midi à Caney et lu sur le sujet (références en fin d’article). N’hésitez pas à nous écrire des commentaires : toutes vos remarques et corrections sont les bienvenues et nous serons heureuses d’y répondre!

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Finca agroecológica la Rosa, «candidate à l’excellence» !

Avec Ricardo et Rosa, à Vertientes, province de Camaguey, Cuba

Alors qu’il travaillait dans le secteur de la mécanique industrielle, Ricardo eût un grave accident de moto en 1983 et subit plusieurs opérations. Il ne put alors plus exercer sa profession et mit plusieurs années à récupérer. Au fur et à mesure de sa rééducation, il commence à jardiner dans son arrière cours, en cultivant d’abord des roses puis d’autres plantes ornementales. Il se met petit à petit à cultiver un potager, à faire de l’élevage de porcs et de lapins. Il décide alors d’acheter un terrain à son voisin afin d’augmenter et diversifier sa production. Le voilà agriculteur de profession, spécialisé dans la production de jeunes plants (fruitiers, ornementales, essences forestières) à forte valeur ajoutée. Mais depuis quelques années, le seul débouché dont il dispose ne lui permet plus d’écouler toute sa production de jeunes plants. Avec l’appui de l’ACTAF et grâce à ses lectures et formations, il perfectionne ses techniques agroécologiques, pour aller vers plus de diversité au sein de sa ferme.

Il travaille aujourd’hui avec sa femme, Rosa, et emploie 5 salariés. Il est membre de l’ACTAF (par conviction agroécologique) et membre de l’ANAP (comme tous les producteurs cubains !). Après avoir été élu « référence locale » puis « référence nationale » pour sa ferme exemplaire, Ricardo brigue aujourd’hui le titre d’« excellence ». (voir conclusion de l’article, « Notre itinéraire cubain »)

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Un ambassadeur de la Moringa à Cuba

Bienvenue dans la ferme d’Omar Gonzales,

à Santa Maria, Province de Matanzas, Cuba.

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Omar est un homme charismatique, fin cuisinier, membre actif de diverses organisations paysannes (dont l’ANAP, Associación Nacional de Agricultores Pequeños) et voyageur dans le cadre de ces organisations (il s’est déjà rendu en Espagne, au Venezuela pour promouvoir les techniques de l’agroécologie).

Jeune diplômé, il a consacré 20 ans de sa vie professionnelle à l’enseignement. Lors de la « période spéciale » qui s’est accompagnée d’une baisse importante des salaires versés par l’Etat, Omar décide de renouer avec ses racines paysannes en allant travailler dans la ferme de son père au début des années 1990. Plus tard, lorsqu’il reprend la ferme familiale, il utilise les techniques de culture et d’élevage « conventionnelles » que ses parents lui ont enseigné. Jusqu’au jour où il découvre un livre qui va l’ouvrir au concept de l’« agriculture durable». Il multiplie alors les lectures traitant de ce thème, participe à une formation à La Havane et applique peu à peu les principes de l’agroécologie à sa ferme. « Paysan innovant », son travail est aujourd’hui reconnu par le gouvernement puisque suite à un appel téléphonique de Fidel Castro en personne (vidéo à l’appui !), son frère Raul s’est rendu sur sa ferme pour saluer ses innovations agroécologiques.

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Jardins Bellamar de Matanzas : Un projet de permaculture

Notre premier contact avec l’agroécologie cubaine eût lieu lors de notre visite des jardins Bellamar à Matanzas. Nous avons été accueillie sur ce projet de permaculture grâce à trois amis agronomes, (Mathieu, Auréline et Anne : merci les copains pour votre accueil « à la cubaine »!) qui ont travaillé durant trois mois pour aider à la mise en place du projet.

A l’origine de cette initiative « permaicole », se trouve la « Fundación Antonio Juan Jiménez Nuñez, para el Hombre y la Naturaleza » (FANJ). Elle s’implique dans de nombreux projets sur tout le territoire cubain, dans les domaines de l’éducation, de l’environnement et de l’histoire. Un de ses membres et chef du projet Bellamar, Esteban Grau, a été notre guide.

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Histoire agraire et émergence de l’agroécologie à Cuba

Pour mieux comprendre l’apparition, l’évolution et la place actuelle de l’agroécologie à Cuba, nous allons vous donner un aperçu de l’histoire agraire cubaine.

Révolution socialiste et « révolution verte » (1959 à 1990)

Durant l’époque coloniale et postcoloniale, le modèle agricole cubain est très largement tourné vers l’exportation de sucre vers l’Europe et les Etats Unis.

En 1959, la révolution menée par Fidel Castro a pour objectif de rompre avec cette structuration coloniale de l’agriculture. Le gouvernement révolutionnaire met très vite en place une première réforme agraire (1959), qui sera suivie d’une deuxième en 1963. Les grandes résolutions prises alors sont : la suppression des grands domaines privés, la limitation de la propriété de la terre à 67 hectares par individu et la conversion des « latifundium » en fermes d’Etat  ou en fermes militaires. Les fermes d’Etat, gérées par le Ministère du Sucre (MINAZ ), sont dédiées aux cultures d’exportation (canne à sucre, tabac et agrumes) et aux grandes cultures (riz et banane principalement). Les fermes militaires sont gérées par le Ministère des Forces Armées (MINFAR).

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Notre itinéraire cubain

Après un mois de pérégrinations agroécologiques, notre séjour cubain s’achève déjà. Grâce à de multiples rencontres, entretiens avec des chercheurs et  visites de fermes et de projets, nous avons pu nous forger une opinion sur ce qu’est l’agroécologie aujourd’hui à Cuba.

 Voilà, en résumé les expériences que nous avons vécues :

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