Nos itinéraires péruviens et boliviens

Cette fois-ci, nous avons décidé de regrouper deux pays en un seul itinéraire, notre courte visite du Pérou ayant été plus touristique que studieuse et celle de Bolivie écourtée pour pouvoir rattraper le retard prit en Equateur. Pour nous faire pardonner : pleins de belles photos !

Le Pérou et la vallée sacrée des Incas…

Nous arrivons au Pérou en bus, le 18 Septembre, épuisées par toutes nos péripéties équatoriennes.

Après une courte escale à Piura (Nord du Pérou), nous descendons directement à Lima (A) pour une semaine de grasses matinées bien méritées et de rédactions d´articles en retard… La capitale n´invite pas vraiment au tourisme : le poète péruvien Sebastián Salazar Bondy intitula carrément une de ses oeuvres : « Lima la horrible, Lima la fea » (Lima l’horrible, Lima la moche). Mais on entend également souvent « Lima la gris », grise de par le béton omniprésent et la chappe de brume qui recouvre plus de 6 mois par an le ciel de la ville…

Lors de notre séjour à Lima, nous avons tout de même pu rencontrer Grimaldo Renrifo,  président du PRATEC (Projet Andin de Technologies Paysannes). En deux petites heures, il a réussi à nous transmettre sa passion pour l’agriculture traditionnelle péruvienne et à renforcer notre curiosité sur la cosmovision andine (voir notre article Agriculture Traditionnelle et cosmovision andine : Agroécologie ?).

Nous n´avons pas réussi à établir d´autres contacts au Pérou, car la majorité des associations travaillent avec l’agriculture andine, et s´offusquent parfois carrément lorsque l´on ose dire que l´on travaille sur l´agroécologie : « Nous, on a rien à voir avec l´agroécologie, ce qu´on fait c´est de l´agriculture traditionnelle et l´agroécologie ne nous intéresse pas ». Un peu vexées quand même, on finit par comprendre leur point de vue : l’agriculture andine est millénaire et passionnante, alors que l’agroécologie est un mouvement récent qui n’est, dans les Andes, qu’une pâle copie de ce que sont les pratiques agricoles traditionnelles péruviennes… Tant pis, on se fait une raison et on décide de profiter un peu du charme touristique péruvien sur la route qui doit nous emmener vers la Bolivie.

Après Lima, nous nous arrêtons une journée pour visiter la belle ville d´Arequipa (B), dont le centre historique de pierres de taille blanches et le ciel bleu intense nous font un bien fou après la grisaille de Lima. Nous reprenons notre route pour arriver le jours suivant à Cusco (C), qui avec ses 3400m d´altitude nous essoufle rapidement ! Ancienne capitale Incas , « Nombril du monde », Cusco a été longtemps un carrefour d´importance sur l’axe économique transandin, mais s’est endormie quand l’activité commerciale s’est tournée vers Lima. Elle est aujourd´hui LE point de départ pour visiter la vallée sacrée et l’incontournable Machu Picchu, ce qui fait que les tours opérateurs et les touristes y pulullent…

Notre point d´ancrage pour quelques jours de tourisme sera à Urubamba, ville située à quelques 50 km au Nord-Ouest de Cusco, en plein dans la Vallée sacrée.  Nous visitons d´abord le site séculaire du Moray, ancien centre de recherche agricole inca pour l´aclimatation des cultures.

Le site du Moray se compose d´un « amphithéatre » principal et de deux plus petits à proximité, constitués de plusieurs terrasses disposées en cercles concentriques. Le positionnement des terrasses crée artificiellement une déclinaison de microclimats : la température est plus élevée au centre de l´amphithéatre mais diminue ensuite au fur et à mesure que les terrasses s´élèvent.  Cela permettait d´obtenir sur une petite superficie une vingtaine de microclimats différents, dans un but de prévision des rendements agricoles mais aussi d´acclimatation de plantes exotiques aux conditions locales. Les terrasses étaient comblées avec une astucieuse combinaison de couches de terre fertile, de sable et d´argile, permettant l´écoulement de l´eau d´une terrasse à l´autre, grace à um système d´irrigation complexe. On estime que ce centre experimental permettait ainsi de cultiver plus de 250 espèces différentes.

Nous visitons ensuite les salines de Maras (ou Salineras) qui se situent à 7 km environ du site de Moray. Au-dessus de la la ville d´Urubamba, les salines sont exploitées par les familles de la communauté paysanne de Maras, gros bourg campagnard situé sur le plateau qui surplombe la Vallée. Ce sont plusieurs centaines de petites terrasses qui s’étagent à flanc de montagne, se remplissant par l´eau de source salée provenant des profondeurs du plateau. Une fois un bassin rempli, l´eau s´évapore petit à petit sous l´effet du soleil et le sel s´accumule avant d´être récolté et iodé.

On se laisse finalement convaincre par les personnes rencontrées de nous rendre au Machu Picchu, l’une des 7 nouvelles merveilles du monde. Puisque non, on ne pouvait pas quitter le Pérou sans faire un petit détour vers ce site exceptionnel. C´est donc un peu à l´improviste que nous rejoignons en bus la ville d´Aguas Calientes, point de départ pour la fabuleuse expérience… Levées au point du jour, deux heures de marche haletante nous permettent d´atteindre enfin la  cité sacrée. Puis deux autres pour arriver au sommet de la montagne qui a donné son nom au site… Mais l´effort en vaut la chandelle, voyez plutôt :

Le site fut découvert et reconnu « scientifiquement » par Hiram Bingham, un historien américain de l’Université Yale qui entendît parler du Machu Picchu alors qu’il effectuait des recherches sur la ville perdue de Vilcabamba (le dernier refuge de l’Inca). Accompagné par ses guides, il se rend à Machu Picchu le 24 juillet 1911. Ils rencontrèrent deux familles de paysans vivant là : les Recharte et les Alvarez qui utilisaient encore les constructions pour se ravitailler en eau. Binghamm aventurier en herbe, inspira le fameux personnage hollywodien d’Indiana Johnes qui nous a tous fait rêver!

Machu Picchu (du quechua machu, vieille, et picchu, montagne) est une ancienne cité inca du XVème siècle, perchée sur un promontoire rocheux qui unit les monts Machu Picchu et Huayna Picchu. La cité aurait été une des résidences de l’empereur Pachacutec, et quelques-unes des plus grandes constructions et le caractère cérémonial de la principale voie d’accès au llaqta démontreraient que le lieu fut également utilisé comme un sanctuaire religieux. Elle a été abandonnée lors de l’invasion espagnole, car la source d’eau alimentant  la cité étant facile d’accès, elle aurait pu être empoisonnée par les envahisseurs… Les Incas préférèrent abandonner la cité pour aller se battre, détruisant tout derrière eux, plutôt que de laisser ces richesses aux mains des espagnols.

Après ces quelques jours sportifs, nous rejoignons la grande ville de Puno (D), qui se trouve au bord du lac Titicaca. Rien d’exceptionnel ici, mais on a cependant apprécié la dégustation de bonnes truites à la plancha (trucha asada) sur le port et flâné entre les étalages du gigantesque marché d’artisanat de la ville.

La Bolivie, un état plurinational en mouvement

Un jour de voyage et de nombreux changements de bus sont nécessaires pour traverser la frontière et rejoindre la petite ville frontalière de Copacabana (E), où les touristes se bousculent. On est en Bolivie ! On en profitera pour se balader au bord du lac, beaucoup plus préservé ici que du coté péruvien, et où l´on peut facilement échanger quelques mots avec les paysans du coin.

On observe le maniement de la Chaquitaclla, outil millénaire toujours utilisé par les petits paysans à travers toutes les Andes. Le corps est composé d´un bout de bois incurvé, dans lequel est insérée une longue lame de métal. A la jointure des deux est attaché un marche-pied, qui permet d´enfoncer facilement la lame dans le sol. Le travail se fait à deux minimum : l’homme utilise la Chaquitaclla pour  soulever la terre, la femme glisse alors quelques semences en dessous, et l’homme laisse retomber la terre en retirant l’outil. Incroyable  que cette technique est résistée à tous les processus de modernisation agricole !

Nous arrivons ensuite à La Paz (H), capitale la plus haute du monde avec ses 3660m d’altitude en moyenne, mais aussi la plus impressionnante ! La ville se situe dans une vallée entourée de pics montagneux élevés, surplombée par l’altiplano, sur lequel a récemment « poussé »la ville de « el Alto ». Logées dans la « rue des sorcières », on découvre avec stupeur une coutume locale encore bien vivante : enterrer un foetus de lama dans les fondations d´une nouvelle maison pour porter chance et éloigner les mauvais esprits… En effet, le lama est un animal qui a été sur-séleccionné et de se fait est aujourd´hui « dégénéré » : les mâles ont des difficultés à trouver les femelles pour se reproduire, et les femelles perdent souvant leur progéniture avant d’arriver à terme, charmant ! On flanne dans les nombreux marchés, on visite la Vallée de la lune (paysage lunaire dû à l’érosion du sol sableux) en périphérie de La Paz, et on ne résiste pas à l´achat compulsif d’artisanat !

Nous rencontrons à La Paz Bruno Deroissart, pour fêter en sa compagnie ses 61 ans. Vivant depuis de nombreuses années en Bolivie, il a fondé une ferme en permaculture à Santa Cruz del Valle Ameno,  une petite communauté du Nord-Ouest de la capitale. Nous nous rendons donc avec lui dans les contreforts des Andes, en haute Amazonie bolivienne, moyennant 16 heures de bus. Cette ferme se trouve à l’entrée du Parc National de Madidi, considérée comme une des zones concentrant le plus de biodiversité puisqu’elle s’étend sur plusieurs étages écologiques, qui vont des neiges éternelles jusqu’à la plaine amazonienne… Quelques jours au coeur dúne magnifique agro-forêt pour découvrir les tubercules amazonico-andins traditionnels et une technique de fertilisation des sols léguée par les indiens d’Amazonie mais aujourd´hui oubliée : l’utilisation du charbon végétal ! C´est à contre-coeur que l´on quitte Sachawasi, en souhaitant bonne continuation à Bruno et Victor (cuisinier et jardinier depuis quelques années dans la ferme)…

Afin de mieux apréhender le contexte agraire bolivien, nous nous rendons ensuite à Cochabamba, ville d´importance à 400 km au sud-est de La Paz, au coeur des vallées inter-andines. En plus d´un fabuleux carnaval de danses et musiques folkloriques (un ballet de jupes à frou-frou ou polleras multicolores), nous rendons visites à plusieurs institutions d´importance dans le domaine de la protection de l´agrobiodiversité et de l´agrécologie :

  • INIAF : Instituo Nacional de Innovación Agropecuaria y Florestal, institution décentralisée de droit publique crée en 2008, qui a pour mission l´innovation technologique, d´établir des lignes de développement et de gérer les politiques publiques d´innovation agricole et forestière. Sa  finalité est de contribuer à la sécurité et souveraineté alimentaire, à travers la participation sociale, l´échange de savoirs et la gestion des ressources génétique de l´agrobiodiversité comme patrimoine de l´Etat.
  • PROINPA : Fondation à but non lucratif qui a pour mission de promouvoir la conservation et l´utilisation durable des ressources génétiques, la souveraineté et la sécurité alimentaire, une compétitivité de l´agriculture et la production animale qui bénéficie aux producteurs,  à travers la recherche et l´innovation.
  • AGRUCO : Agroecología Universidad Cochabamba, est une université qui forme des agroécologues. Cette institution académique compte 4 domaines d’action : la recherche scientifique, la production, l’ « extension » (qui devint plus tard l’intégration sociale), la formation et divulgation.

Notre dernière étape bolivienne avant notre arrivée au Brésil sera la ville de Santa Cruz, où nous rencontrons Urbelinda Ferrufino, une des fondatrices de l´association ASEO (Associación Ecológica del Oriente), une des premières (la seule ?) association écologique bolivienne à lutter contre la destruction de l´environnement et la desertification, à défendre la protection de la biodiversité et le développement d´énergies alternatives. Urbelinda se consacre depuis quelques années à diffuser la méthode de Culture Biointensive, une manière de produire des aliments à petite échelle de manière agroécologique, intensive (en termes de productivité par surface) et sur de petites superficies. Cette méthode utilise des techniques permettant d´augmenter la fertilité du sol et sa capacité de régénération et de diminuer l´utilisation d´eau. Pour se faire, il suffit de suivre 10 principes de base :

  1. Préparation pronfonde du sol ou double-excavation
  2. L´utilisation de compost en grandes quantités, produit à partir des résidus végétaux du jardin
  3. Utilisation de pépinières
  4. Une haute densité de transplantation des plantules
  5. L´association et rotation des cultures
  6. L´utilisation de semences de variétés anciennes
  7. La production de cultures riches en calories (sur 30% des parterres)
  8. L´intégration de tous les principes au sein même de l’unité de production

Ayant entendu parlé de cette méthode au Mexique, nous étions curieuse de rencontrer des producteurs l´ayant pratiqué… Nous n´avons pas vraiment été convaincues par ce que nous avons vu puisque aucun des producteurs rencontrés ne prenaient vraiment soin de leur jardin. Les techniques « innovantes » recommandées n´ont rien de plus que tout ce qu´il est recommandé de faire dans un jardin agroécologique (excepté peut-être la double-exclavation qui s´avère être très intéressante pour accélérer la récupération du sol). Mais n´ayant pas appris suffisament sur le sujet pour pouvoir réelement juger, nous vous invitons à partager ici votre expérience, vos connaissances ou vos impressions sur la méthode de culture Biointensive !

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s