Notre itinéraire Equatorien

Malgré sa petitesse, l’Équateur concentre la biodiversité la plus dense du monde. Ce pays est d’ailleurs très représentatif de la diversité des conditions géo-climatiques du continent sud américain puisque composé de trois parties : la Costa, la Sierra (cordillère des Andes, vallée des volcans) et l’Oriente (forêt amazonienne). Lors de notre périple équatorien, nous sommes parties à la découverte de ces trois régions et de leur agriculture traditionnelle.

Le 5 août, nous quittons le Mexique pour atterrir à Guayaquil, ville bordée de mangroves au sud de l’Équateur. Mais l’agitation urbaine de la plus grande ville du pays n’est pas vraiment à notre goût : le lendemain, nous partons découvrir l’oriente équatorien !

La communauté de Wamani 

La communauté quechua de Guamani (ou Wamani tout dépend l’interlocuteur) se situe à 200 km à l’est de Quito, au commencement de la forêt amazonienne. Dans les années 2000, un nombre croissant d’agriculteurs cultivant de la naranjilla (voir article « Maria y su naranjilla« ) mettent fin à leurs jours. La cause : le mauvais usage d’agro-toxiques… David Sánchez, fils de paysan et agronome de formation, se sent interpellé par ces évènements dramatiques et commence à travailler volontairement avec la communauté de Wamani en 2005. Il réalise un travail de sensibilisation aux problèmes liés à l’utilisation de produits agro-chimiques, notamment par des formations à l’agriculture « bio » dans le cadre de son Ecoescuela Maria Auxiliadora, école itinérante œuvrant pour une agroécologie subversive.

Nous nous sommes intégrées à un groupe de consommateurs responsables qui s’est retrouvé le temps d’un weekend à Wamani. David, organisateur de l’évènement, nous avait concocté tout un programme : présentation de la communauté et des problèmes rencontrés par ses agriculteurs, formation au compostage, à l’utilisation de toilettes sèches, importance du cycle lunaire sur les cultures et les êtres humains, réalisation de (très) petits jardins potagers. Ces consomm’acteurs (selon notre expression française à la mode) ont également pu visiter la production de naranjillas de Maria, leader du groupe de femmes de Wamani et la seule à produire entièrement sans produits chimiques depuis 3 ans.

Quito, une capitale pas comme les autres

Suite à ce weekend fort en apprentissage, nous nous dirigeons vers Quito, capitale équatorienne à 2 850 m d’altitude, qui s’étire tout en longueur dans une vallée entourée de collines verdoyantes. Dominée à l’ouest par des volcans, elle présente deux visages. Inscrit au Patrimoine de l’Humanité par l’Unesco, le centre historique est la partie la plus intéressante de la ville ; tandis que la plupart des touristes logent dans le Quito moderne, au nord, qui concentre le gros des services et la vie nocturne (d’où son petit surnom : « gringo land » !).

Nous nous rendons vite compte que le monde de l’agroécologie en Équateur est à la fois très actif et minuscule ; tous nos interlocuteurs se connaissent et sont connectés… Nous nous plaisons à naviguer au sein de différentes organisations civiles pour échanger point de vue et connaissances autour de ce thème qui nous tient à cœur. Nous rencontrons à Quito :

Pour finir ce séjour capitalistiquement nombriliste, rien de tel qu’une ballade sur les marchés agroécologiques de Quito pour nous familiariser avec la problématique de la consommation responsable en Équateur : c’est comme cela que nous découvrons le petit marché paysan du « Zapallo verde » et la foire mensuelle et biologique de La carolina. Sur un de ces marchés, nous rencontrons l’incontournable Pacho Gangotena, maraîcher bio, penseur et figure du mouvement de l’agriculture biologique en Équateur.…

Sur la route du chocolat…

Enfin un peu de verdure, nous nous échappons gentiment vers la Costa (après être restées bien plus que prévu dans cette capitale en effervescence). Et quoi de mieux que de partir à la découverte du cacao équatorien, l’un des meilleurs du monde d’après les experts. Le saviez-vous ? L’Équateur possède une réputation et supériorité incontournable autour de ce produit : 70 % de la production mondiale de cacao fino de aroma est équatorien… Cela signifie qu’il appartient à la catégorie des cacaos « nobles », une fois transformé il deviendra du chocolat « grand cru » – qui se distingue donc du tout-venant industriel. Les suisses en raffolent (et nous aussi !).

Grâce à notre couchsurfer chocolatier, nous pénétrons dans le monde magique et délicieux du chocolat. Première étape : Mindo, à 30 km de Puerto Quito, et sa boutique Chocol’arte. Victor Orrico, fils de producteurs de cacao, se passionne pour le chocolat. Il y a quelques années, il monte ce petit magasin où il vous dira tout ce qu’il sait depuis l’histoire de cette « boisson des dieux » jusqu’à sa récolte et sa transformation en chocolat… Nous commençons donc notre voyage gourmand par la transformation des fèves et leur dégustation. Mais très vite notre esprit agronomique nous rappelle à l’ordre : il nous faut visiter une ferme où est produit ce cacao dont nous nous goinfrons depuis quelques jours…Victor nous emmène visiter son principal fournisseur et ami. Près de Puerto Quito, nous débarquons à la finca Montaña, où José et sa mère nous accueillent chaleureusement. Nous découvrons alors les dessous du chocolat. Les parcelles de cacao sont ici de véritables agro-forêts équilibrées : les cacaotiers sont cultivés sous ombrage et côtoient une diversité d’espèce arboricoles bien représentatives de l’agroforesterie tropicale (caféiers, fruitiers de toute sortes et autres arbres natifs de la zone cultivés pour leur bois). Aussi, on y trouve plusieurs variétés de cacaoyers (dont la noble variété nacional). On apprend que les principales variétés cultivées à travers le monde sont :

  • Les forasteros, originaires de l’Amazonie,représentent le gros de la production mondiale.
  • Les criollos, originaires du Venezuela, sont peu produits à l’échelle mondiale car plus fragiles que les forasteros. Ils donnent néanmoins des cacaos fins et aromatiques, de meilleure qualité.
  • Les trinitarios sont des hybrides issus du croisement entre forasteros et criollos (qui disposent donc à la fois de la rusticité des premières et de l’arôme des deuxièmes).
  • Le nacional, est une exception mondiale : il ne se cultive qu’en Equateur, faisant ainsi la réputation de ce pays…

Si votre curiosité a été piquée sur le chocolat équatorien, vous pouvez regarder ce reportage d’Arte : « l’Equateur, l’autre pays du chocolat ».

Un festival en hommage à la culture montubia…

Du 31 août au 2 septembre a eu lieu la 17ème édition du Festival de la tradición oral y de las semillas (Festival de la tradition orale et des semences). Il s’est déroulé au sein de la « casa de los abuelos », énorme maison centenaire de bois et bambous, lieu de rencontres communautaires à Rio Caña, province de Manabí. Depuis 17 ans, conteurs, musiciens, danseurs, comédiens, gardiens de semences, producteurs biologiques et paysans en général se donnent rendez-vous pour 3 jours de festivités et d’échanges interculturels.

A l’origine de ce festival paysan, se trouve Antonio Pico Moreira et son épouse Sandra. Après avoir quitté la campagne dans leur jeunesse, ils n’ont pu ignorer l’appel de leur terre natale.  De retour à Rio Caña, ils reprennent la ferme familiale et s’engagent à faire la promotion de la culture paysanne tout en veillant au respect de ce petit coin de paradis. Le concept est simple : l’ « agri-culture » signifie littéralement la « culture paysanne », qui se perd malheureusement de plus en plus vite dans la course à la modernité. Pour eux, « la culture n’est pas un sujet théorique, ni un objet folklorique, ni une pièce enfermée dans un musée : la culture est l’essence de la vie des personnes et s’exprime dans leurs activités quotidiennes ». D’où ce petit festival en hommage à la culture montubia (celle de la ruralité de la côté équatorienne).

« Yo no soy de por acá

« Yo soy de Cabito de Hacha

Yo no vengo por las viejas

Yo vengo por las muchachas” (Dumas Mora)

 

“Del mar salen las perlas

De las perlas salen los collares

De la boca de los hombres

Solo salen falseadas” (Mariana Basuto)

A travers ces vers, que s’échangeaient le vieux Dumas et la jeune Mariana lors d’une joute verbale non dénuée d’humour et de beauté, le public hilare se rend alors compte qu’il ne suffit pas d’avoir étudié en lettres modernes pour s’exprimer en rimes. A ce sujet, Dumas, paysan et poète de 85 ans, nous confiait en utilisant sa répartie légendaire : “je ne suis pas allé à l’école, je ne suis pas éduqué mais je suis cultivé”. Tout est dit.

La culture paysanne ne se limite pas seulement à la musique, aux danses, aux contes et légendes rurales qui renaissent lors de ce festival. Les organisateurs ont tenu à intégrer une dimension agricole : la semence est aujourd’hui au cœur du festival puisqu’elle est intimement liée à la tradition paysanne, qu’elle est la base du cycle des traditions agricoles. Lors de cet évènement, de nombreux producteurs, « gardiens de semences » ou non, se retrouvent pour échanger savoirs et graines de variétés anciennes souvent oubliés…

… Suivi d’une immersion dans la culture montubia : bienvenue à la Finca sanita

Pour ne pas être en reste après cet hommage à la culture paysanne de la côte équatorienne nous partons visiter la ferme de Servio Pachard, à Sarampion près de Calceta. Nous arrivons donc à la finca Sanita, sans trop savoir ce qu’on allait y trouver. Le calme, la tranquillité, la sérénité sur fond sonore de coqs, oiseaux en tous genres, voilà ce qu’on y a trouvé ! Servio nous fait découvrir sa ferme ô combien diversifiée (jardin potager, système agro-forestier -cacaoyer, caféier, fruitiers-, riziculture, petit élevage, etc.), nous apprend la recette du granola maison, nous montre fièrement ses installations permaicoles (toilettes sèches, filtre à eau, recyclage des eaux grises, « totem » exprimeur de canne à sucre, « tracteurs » mobiles pour chèvres et cochons, etc.) et surtout nous raconte sa vie et ses projets qui l’occupent avec bonheur !

Servio est un paysan aux multiples casquettes : père de famille, agro-écologue convaincu, membres actifs de 6 organisations locales et gardien de semence pour la Red de Guardianes de Semillas. Dans le cadre de l’association de producteurs « San Francisco de Sarampión »,  il a entreprit un projet sympathique et innovant en Equateur : la culture intégrée du riz selon le modèle traditionnel asiatique (mêlant aux rizières : canards, poissons et azolla).

Fort de sa longue expérience en tant que leader paysan, Servio apparaît dans un film sur les causes de l’exode rural et l’importance de la paysannerie pour l’économie et l’ « identité nationale » (sic) : « ¡ Yo me quedo aquí ! ».

Sierra et pachamama !

Nous ne pouvions pas quitter l’Equateur sans nous être immergées dans la culture andine… Direction la Sierra où nous découvrons la belle ville de Cuenca. Nous avons rendez-vous avec Juan Loyola, enseignant-chercheur de l’université Salesiana qui a mis en place un master d’agroécologie, aujourd’hui fermé faute d’appui de la part de ses supérieurs peu visionnaires (l’agroécologie ne convainc pas tout le monde !). C’était l’occasion pour nous d’avoir une discussion animée et passionnante autour de l’agroécologie et de ses implications politiques. Cette mise au point faite, le professeur Loyola, nous emmène à la rencontre de communautés andines : agriculture et médecine traditionnelle, un tout inséparable !

Sur la route pour le Pérou, nous nous arrêtons à Saraguro, ville andine dont le nom kichwa signifie « le pays du maïs », où nous nous familiarisons avec un aspect essentiel de la tradition andine : la relation entre agriculture, médecine et spiritualité. Nous y rencontrons Lucho Lozano, indigène et fervent promoteur de la médecine traditionnelle et de l’agroécologie (bien qu’il n’utilise pas ce mot !). Nous visitons avec lui quelques chacras familiales où se mélangent indistinctement plantes potagères, légumineuses et médicinales. Dans ces jardins potagers à la mode andine, « il n’y a pas seulement ce que l’on mange, il y a toutes les plantes qui servent à préparer la horchiata, des plantes répulsives aidant à maintenir l’équilibre, tout est intégré ! » nous dit Lucho. Il insiste sur le fait que les plantes médicinales font partie de la vie quotidienne et spirituelle. Par exemple, l’horchiata, infusion d’un mélange de plus de 15 plantes (camomille, fuchsia, hibiscus, géranium citronné, ortie, fenouil, menthe, citronnelle, etc.) se consomme tout au long de la journée et constitue un bon préventif à toute sorte de maladies. Les plantes présentent dans les chacras sont également utilisées par les hiachas (médecins traditionnels) pour fabriquer jus et extraits de plantes curatifs.  Les chamans andins, quand à eux, les utilisent lors des rituels de limpias (nettoyage énergétique et spirituel de la personne malade).

La culture andine est donc « intégrée » par définition. Dans les Andes, l’agroécologie n’est pas une science innovante mais un concept ancré dans les traditions, et c’est beau !

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