Entre totopos y popotes : notre itinéraire mexicain…

Le 30 juin, arrivée mouvementée à Cancun, paradis de la consommation et du tourisme de masse, dure transition après Cuba… On redécouvre ici les joies d’internet, des supermarchés aux rayons merveilleusement pleins, de la publicité omniprésente et de la télévision non étatique… On redécouvre aussi les joies de la démocratie : le lendemain de notre arrivée, c’est jour d’élection au Mexique (autrement dit de fraudes massives à peine voilées par le vieux parti caméléon : le Parti Révolutionnaire Institutionnel, PRI). Peña Nieto, du PRI, a donc « remporté » cette élection grâce entre autre à une démocratie sans limite : le PRI a réussit à faire voter les morts, les étrangers (Guatémaltèques surtout) et a offert à ses électeurs convaincus des bons d’achat de 500 pesos mexicains dans la plus grande chaîne de supermarché mexicaine (Soriana). Les non « convaincus », quant à eux, sont plutôt déçus… Malgré les manifestations organisées par le mouvement étudiant « Yo Soy 132 », l’élection a été validée mais la mobilisation continue…

Après avoir retrouvé nos repères occidentaux, on s’accorde quelques jours de relaxation bien mérités à Tulum, où se côtoient plages paradisiaques et ruines mayas !

Mais le devoir d’information nous rappelle à l’ordre : le 6 juillet, direction Xpujil, municipalité proche de Calakmul (Etat de Campeche). Nous y retrouvons Albert Chan Dzul, président du Conseil régional indigène de la province de Xpujil (CRIPX). Cette association civile vise avant tout à poser les bases de la construction du pouvoir populaire. Ainsi, le CRIPX se fixe de nombreux objectifs : améliorer la qualité de vie des indigènes, défendre la terre, favoriser l’appropriation et l’incorporation de technologies qui contribuent à la gestion durable des ressources naturelles, favoriser une plus grande participation des jeunes et des femmes dans l’organisation des communautés et proposer la capacitation et formation permanente à ses membres et non membres.

Grâce au CRIPX et accompagnées de Gauthier (stagiaire agronome et basque), nous partons à la découverte de la ruralité mexicaine et de la réalité indigène dans la communauté « Union 20 de julio ». C’est donc l’occasion pour nous de découvrir la milpa (association de culture millénaire et astucieuse pratiquée par les indigènes de Mésoamérique), la « pimienta gorda » (également appelée « toute-épice » puisque ce faux poivre est une baie aux saveurs de muscade, de cannelle, de girofle et de poivre noir), l’apiculture, l’éco-tourisme et la gastronomie paysanne (fabrication des tortillas maison et autres mets délicieux). Le plaisir de nous retrouver à la campagne et de partager le quotidien de mayas tzeltals a malheureusement été gâché par des constatations bien plus tristes. D’abord, nous découvrons le conservationisme à tous prix ou comment « protéger » des espaces naturels (pour mieux les mettre au service du grand capitalisme) au détriment des populations occupant et cultivant dignement ces terres… Puis, fini l’idéalisation du monde rural : les mayas ne portent plus de pagnes depuis longtemps ! On déchante en se rendant compte du drame de l’addiction aux refrescos ou sodas en tout genre : adieu jus naturels cubains, bonjour boissons industrielles qui ont envahi la moindre petite bourgade mexicaine, là où même les services de base de santé et d’éducation ne sont pas arrivés… Ils sont forts ces Coca-Cola et compagnie !

 Après un trajet de bus épique, nous arrivons à San Cristobal de Las Casas, capitale culturelle de l’Etat du Chiapas qui regorge d’altermondialistes en tout genre et de boutiques de produits bio… On croise une fois encore sur notre chemin Mathieu et Auréline (que nous avions retrouvés à Cuba sur le projet de permaculture « Jardines Bellamar ») sur fond d’agriculture urbaine (ils travaillent au Mexique pour l’association Otros Mundus Chiapas, relais des amis de la Terre) et de lutte zapatiste. Eh oui, beaucoup d’étrangers sont attirés par ce mouvement révolutionnaire ; le tourisme est une source de financement non négligeable pour cette lutte aujourd’hui confinée dans les caracoles, zones indépendantes et autodéterminées occupées par les zapatistes. Plus vraiment activiste au sein de la société civile, le mouvement zapatiste n’a aujourd’hui de révolutionnaire que l’écho lointain des revendications paysannes (« La tierra es de quien la trabaja »). Il a été en effet largement affaibli à grand coup de répression sanglante et de politique de « cadeaux » qui vise à acheter les « pauvres petits paysans » pour mieux les tranquilliser… Cette ville ne foisonne pas moins d’initiatives « alter » et d’associations engagées de la société civile, sûrement en résonnance à cette terre révolutionnaire. Amateur de produits sains, bio, locaux et tutti quanti, vous ne serez pas déçu en venant à San Cris, il y en a pour tous les goûts (surtout écolo) : tianguis orgánico (marché bio), restaurants végétariens et bio, centres culturels et engagés (à voir la Casa del Pan et son jardin sur le toit), projets et formations à la permaculture, musée en hommage à la médecine traditionnelle maya et militant contre la biopiraterie au Chiapas, même les institutions financées par l’Etat se mettent au goût du jour (c’est le cas d’Ecosur, qui au sein de son département agroécologie s’engage dans des projets d’agriculture urbaine, de formation des professeurs aux « jardins pédagogiques » et de certification participative et agroécologique).

Puis direction Comitán, au Sud de San Cristobal. On y rencontre une association, Educación para la Paz (Edupaz), au discours humaniste et touchant. Elle a été fondée pour remédier aux violences morales et physiques qu’ont subies les communautés indigènes du Chiapas à la suite du soulèvement zapatiste et à sa répression par le gouvernement. Edupaz œuvre aujourd’hui pour le développement intégral des communautés de la région de Comitán. Pour cela, elle travaille autour de trois axes : l’économie solidaire (offre de micro-crédits pour des projets d’auto-entreprenariat), la santé holistique (soutien psychologique – notamment thérapie Gestalt – et accès à des médecines alternatives et naturelles) et l’agroécologie. Bien que les membres d’Edupaz que nous avons rencontrés sont des catholiques convaincus, l’association favorise la participation de tous, sans considération religieuse ou politique.

En matière d’agroécologie, Edupaz tente de favoriser la prise de conscience sur l’importance de protéger les ressources naturelles et soutient les agriculteurs s’engageant dans de telles démarches. Don José, président de l’association, nous a emmenées à la rencontre de Rodolfo Morales, habitant de la communauté « El Triunfo » et unique producteur bio de cette morne plaine chimique. Don Rodolfo produit lui-même ses fertilisants (à base de lombricompost et de lisiers de poules et vaches) [i]. Il part du principe que si la terre est saine et fertile, alors ses cultures ne souffriront pas d’attaques de pathogènes (théorie de la Trophobiosis). Malheureusement pour lui, force est de constater qu’il ne pourra bénéficier de la certification « bio » qu’il désire tant, à moins qu’il ne réussisse à convaincre tout son voisinage à adopter des pratiques plus respectueuses de la santé des hommes et de la terre.


[i] Vous rêvez de connaître la recette de ces délicieuses mixtures, en voici deux exemples :

  • Pour la « Gallinaza » (biofertilisant à base d’excréments de poules) : Rassemblez 5 kg de fientes de gallinacées, 2,5kg de cendres et 15 L d’eau ; laissez macérez le tout 24h dans un bidon fermé hermétiquement ; c’est prêt ! Vous obtenez un très bon fertilisant naturel…
  • Pour un fertilisant foliaire de lombrics : Tout d’abord, il est nécessaire de préparer un bac à lombric (qui contient lombrics californiens et terre et qui est régulièrement arrosé et alimenté par les déchets de la cuisine et excréments en tout genre), attention néanmoins les vers de terre sont souvent attaqués par les fourmis. Pour les protéger, il suffit de surélever le lombricompost et plonger les pieds du support dans des bacs à eau. Le bac doit être incliné afin que le jus de compost puisse s’écouler dans un récipient prévu à cet effet. En mélangeant ce jus avec de l’eau et de la mélasse (ici issu de la canne à sucre, en France il peut être obtenu à partir de la betterave), on obtient un fertilisant à pulvériser sur les feuilles des cultures : c’est un activateur de croissance pour les plantes…

Dernière occasion de nous immerger dans la nature mexicaine, Don José nous emmène ensuite à Tziscao, lieu magnifique parsemé de lacs de montagnes aux couleurs incroyables : « Lagos de Montebellos ». On y découvre la tentative inachevée d’Edupaz de créer un centre de démonstration agroécologique : la conscience est bien là, mais les moyens et investissements personnels manquent… Pour nous, le « plus » de la communauté de Tziscao n’est donc pas l’agroécologie, mais la rencontre avec Don Isodor, producteur de café bio, leader du mouvement coopérativiste au sein de la communauté et défenseur de la terre nourricière… (voir Don Isodor, un producteur de café qui fait de la résistance !)

Le départ approchant, nous nous rendons à Texcoco, à la périphérie de la ville de México. Grâce à Ciro (collègue de formation et ami récemment rentré au bercail le diplôme en poche), on y visite le CIMMYT (Centro Internacional de Mejoramiento de Maíz y Trigo), institution internationale de recherche en amélioration variétale et de formation. Au sein du CIMMYT, on trouve la plus grande banque de semence du monde consacrée au maïs et au blé. Mais celle-ci est critiquée par les défenseurs d’une agriculture paysanne et écologique tels que Carlos Guadarrama (professeur et fondateur de la spécialisation agroécologie de l’université de Chapingo que nous avons rencontré). En effet, le CIMMYT est capable de promouvoir à la fois la culture des OGM au Mexique et d’encourager l’ « agriculture de conservation ».

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2 réflexions au sujet de « Entre totopos y popotes : notre itinéraire mexicain… »

  1. très intéressant les filles, on en apprend plein !
    j’ai une petite réclamation : est-ce qu’on pourrait avoir un petit topo sur le mouvement zapatiste mexicain, je suis pas au point et du coup je suis pas trop … merciii
    Bisous les meufs, profitez bien

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