Un ambassadeur de la Moringa à Cuba

Bienvenue dans la ferme d’Omar Gonzales,

à Santa Maria, Province de Matanzas, Cuba.

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Omar est un homme charismatique, fin cuisinier, membre actif de diverses organisations paysannes (dont l’ANAP, Associación Nacional de Agricultores Pequeños) et voyageur dans le cadre de ces organisations (il s’est déjà rendu en Espagne, au Venezuela pour promouvoir les techniques de l’agroécologie).

Jeune diplômé, il a consacré 20 ans de sa vie professionnelle à l’enseignement. Lors de la « période spéciale » qui s’est accompagnée d’une baisse importante des salaires versés par l’Etat, Omar décide de renouer avec ses racines paysannes en allant travailler dans la ferme de son père au début des années 1990. Plus tard, lorsqu’il reprend la ferme familiale, il utilise les techniques de culture et d’élevage « conventionnelles » que ses parents lui ont enseigné. Jusqu’au jour où il découvre un livre qui va l’ouvrir au concept de l’« agriculture durable». Il multiplie alors les lectures traitant de ce thème, participe à une formation à La Havane et applique peu à peu les principes de l’agroécologie à sa ferme. « Paysan innovant », son travail est aujourd’hui reconnu par le gouvernement puisque suite à un appel téléphonique de Fidel Castro en personne (vidéo à l’appui !), son frère Raul s’est rendu sur sa ferme pour saluer ses innovations agroécologiques.

« Non aux pesticides »

D’après Omar, le premier pas vers des pratiques « durables et écologiques » passe l’éradication des intrants chimiques. Pour ses cultures, Omar a donc peu à peu choisi la « lutte biologique », grâce à des produits tel que le Bacillus thuringiensis qu’il peut se procurer dans un centre spécialisé (l’ETPP : Estación Territorial de Proteción de Plantas) à proximité de sa ferme. Mais, pour lui, il est possible d’aller plus loin dans l’éradication de ces produits chimiques : en agroécologie, la prévention doit toujours primer sur les actions curatives. Ainsi, il a longuement insisté sur le concept de la Trophobiosis (énoncé par Francis Chaboussou, chercheur à l’INRA).  Selon ce chercheur français, les pesticides fragiliseraient les cultures intensives. L’usage de ceux-ci inhiberait certaines fonctions métaboliques impliquant la synthèse de protéines. La plante engorgerait alors des surplus d’acides aminés et de sucres dans les liquides cellulaires ou circulants. Une relation de symbiose s’instituerait entre les acariens et les insectes qui se nourrissent de ces surplus. Francis Chaboussou a baptisé ce phénomène la trophobiose. La plante devient ainsi plus vulnérable aux ravageurs de par l’effet même des pesticides ; elle doit donc être traitée davantage et l’agriculteur entre dans un cercle vicieux qui implique d’appliquer toujours plus de produits pour la même efficacité. Donc, lorsque les plantes sont en bonne santé, elles sont moins sujettes aux attaques de ravageur, il devient donc inutile de les traiter…

NB : Pourquoi ne pas appliquer ce principe à l’homme ? Lorsqu’on y réfléchi, nous ne tombons malade que lorsque nous sommes affaiblis…

Une ferme « intégrée »

Sa ferme est d’abord diversifiée puisqu’elle combine différents systèmes de cultures et d’élevage :

  • une pépinière,
  • plantes ornementales (Hibiscus, Ficus, Platycerium, etc.),
  • fruitiers (Acerola, Cajou, Bananiers, avocatiers, manguiers, etc.),
  • plantes vivrières (haricots, maïs, Manioc, etc.),
  • fourrage pour alimenter ses nombreux élevages (aviculture, cuniculture[1], élevage porcin, bovin et caprin).

Sa « finca » se veut aussi « intégrée ». Pour lui, il ne suffit pas seulement d’avoir différents systèmes de production, mais il est nécessaire que tous ces systèmes soient interdépendants, qu’ils s’enrichissent les uns les autres : on peut alors parler d’agrosystème à l’échelle de la ferme.  Ainsi, différentes techniques agroécologiques lui permettent de maintenir cet « écosystème cultivé ».

Prenons l’exemple du cochon. Les effluents de porc sont très polluants (comme nous le rappelle souvent l’actualité bretonne) ; or la lombriculture est une solution « efficace et pas chère » (c’est l’agroécologie que je préfère…) puisque la digestion de ce lisier porcin par les lombrics produit un humus très fertile pour les cultures, qui de surcroît améliore la texture du sol. Omar se sert de cet humus pour amender ses parcelles de Moringa, fourrage aux milles vertus qu’il utilise pour l’alimentation de ses porcs. Une fois les invertébrés prodigues rassasiés, ces mêmes effluents sont utilisés pour la fabrication de biogaz « in situ ». Cette source d’énergie presque gratuite alimente les fourneaux de la famille et permet de cuisiner des mets délicieux à base de « cerdo ». La boucle est bouclée !


[1] Ne vous méprenez pas, il s’agit de l’élevage de lapin domestique ! La preuve : http://fr.wikipedia.org/wiki/Cuniculture


Omar, un paysan novateur  

Grand expérimentateur sur les micro-organismes efficients (EM) et sur la culture de la Moringa, Omar souhaite être la référence nationale vis-à-vis de ces nouveautés.

Surnommée « arbre de la vie » en Afrique, la Moringa connaît un réel essor ces dernières années à Cuba, depuis que Fidel Castro en fait l’apologie dans tous les médias cubains et incite la population à en cultiver. Omar en est l’un des défenseurs et promoteurs : il réalise d’ailleurs une thèse avec l’université d’agronomie de Matanzas sur l’utilisation de la Moringa pour l’alimentation animale. Cette plante merveilleuse a en effet de nombreuses vertus pour l’alimentation humaine et animale, mais aussi pour la clarification de l’eau et son utilisation dans la médecine traditionnelle.

D’une part, Omar cultive de façon intensive sur une petite surface la Moringa pour l’alimentation de ses porcs. D’autre part, il expérimente un système alliant agroforesterie et agropastoralisme centré sur la Moringa, mais associant espèces forestières, espèces fourragères, céréales et légumineuses. Conscient des dangers du surpâturage, Omar décide de « cloisonner » sa parcelle, à l’aide de différentes espèces fruitières et forestières, en différentes « sous parcelles » de pâturage. Cela lui permettra de « rationner » son troupeau de bovins tout en faisant en sorte que ses vaches aient toujours de quoi manger. Finalement, il s’agit de créer un système très résilient à la sécheresse et qui serve également à la captation de carbone (principe fondamental d’agroforesterie).

 

Le contexte cubain rend difficile l’approvisionnement en produits vétérinaires pour l’élevage. Omar nous a confié ses difficultés résultant de la mort de son bétail ; pour solutionner ce problème, il s’est lancé dans l’utilisation de micro-organismes « natifs » comme une nouvelle technologie d’élevage. Ces microorganismes efficients (EM), piochés dans la nature environnante (dans la couche humifère des sous-bois), sont transformés de façon artisanale pour les rendre utilisables (sous forme liquide ou solide).

D’expérience, Omar a déjà pu observer que l’utilisation de ces EM pour l’élevage (usage externe ou interne dans l’eau ou l’alimentation) a eu des effets positifs sur la santé de ses animaux. Par exemple, il a observé une réduction des phénomènes de diarrhées et une meilleure prise de poids de ses porcs lorsque les EM sont incorporés dans la diète animale ; appliqués en usage externe, les EM contribuent à soigner les mammites et d’autres infections diverses.

D’après lui, les EM ont aussi des effets sur les cultures et les sols : en pulvérisation, ils permettent d’éliminer les résidus de pesticides rémanents dans le sol et favorisent une croissance et un enracinement plus rapide.

Nous venons de vous parler de ses deux principaux sujets de recherche, mais Omar a plus d’un tour dans son sac : il utilise d’autres technologies alternatives telles que la production artisanale d’hormone d’enracinement, l’utilisation de maïs germé (cultivé en hydroponie) pour l’alimentation de ses porc, etc.

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3 réflexions au sujet de « Un ambassadeur de la Moringa à Cuba »

    • Une étude est en cours sur ce sujet de première importance… on te tiendra informé de l’influence des EM sur la vigueur capillaire! Qui sait, on trouvera peut-être un nouveau remède contre la chute des cheveux!
      des bises le Jo!
      à pouet’

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