Notre itinéraire cubain

Après un mois de pérégrinations agroécologiques, notre séjour cubain s’achève déjà. Grâce à de multiples rencontres, entretiens avec des chercheurs et  visites de fermes et de projets, nous avons pu nous forger une opinion sur ce qu’est l’agroécologie aujourd’hui à Cuba.

 Voilà, en résumé les expériences que nous avons vécues :

         En guise d’introduction, Luiz Vasquez, chercheur à l’INISAV (Instituto Nacional de Investigación sobre la Salud Vegetal), nous a familiarisées avec l’histoire agraire de Cuba et ses problématiques actuelles lors d’un entretien à La Havane. M. Vasquez, ponte de l’agroécologie, membre du conseil administratif de la SOCLA (Sociedad Científica Latinoamericana de Agroecología), nous a longuement parlé d’agroécologie en Amérique latine.

       Importante ville industrielle et carrefour pétrolier, Matanzas est située à 90 km à l’est de La Havanne, dans le golfe de México. Là-bas, nous avons eu l’occasion de visiter un projet de permaculture visant à préserver les célèbres « cuevas Bellamar » (grottes souterraines fréquentées par les spéléologues du monde entier), sur lequel travaillent bénévolement des amis agronomes depuis 3 mois. Premiers pas vers l’agroécologie cubaine, cette visite nous a confrontées à une des facettes de l’agroécologie : la permaculture.

       Deuxième étape : le « petit village » de Varadero, à 40km de Matanzas toujours sur la côte nord. Cet ancien village de pêcheurs est devenu aujourd’hui la plus grande station balnéaire de Cuba. D’après le routard, « si certains touristes voient en Varadero un Eden, le gouvernement y a installé sa plus grosse pompe à devise, à coup de grands complexes hôteliers et de péages routiers… ». Résistant à l’appel des plages paradisiaques et leur eau turquoise, nous nous sommes rendues à quelques kilomètres de là, où se trouve la ferme d’Omar Gonzales, référence nationale en matière d’innovations et d’agroécologie. Sa science et ses techniques ont d’ailleurs attiré l’attention du gouvernement puisqu’après avoir reçu un appel de Fidel Castro en personne, Raul Castro est venu admirer de ses propres yeux le travail réalisé par Omar dans sa « finca ».

        Troisième étape : la petite ville de Vertientes, à 30 km au Sud-ouest de Camaguey au centre de l’île. Ricardo et Rosa, un couple de paysans très attachant, nous attendaient à notre arrivée. Malgré des difficultés administratives nous interdisant de séjourner chez eux, nous nous y sommes rendues deux jours de suite pour visiter une des rares fermes de la région se concentrant sur la polyculture et non sur l’élevage. En effet, la province de Camaguey est une zone très importante d’élevage et de production de lait. Lors de ces visites, nous avons pu échanger avec le président de l’ACTAF locale (Asociación Cubana de Técnicos Agrícolas y Forestales). Acteur clé en matière d’agroécologie, cette ONG cubaine a pour mission principale la promotion, auprès des techniciens et professionnel du monde agricole et forestier, d’un développement agricole soutenable sur des bases agroécologiques.

      Dernière étape et non des moindres : Santiago de Cuba, deuxième ville du pays, capitale de l’ « Oriente » et berceau de la révolution. Cette ville se situe dans une des régions les plus montagneuses de Cuba. Ce séjour oriental nous a permis d’une part de goûter à la douceur de la mer des Caraïbes, mais surtout de découvrir des formes d’agricultures que nous n’avions pas encore pu rencontrer à Cuba. En effet, notre contact à l’Université des Sciences Agricoles de Santiago, la « profesora » Sucleidis, nous avait concocté un programme de travail intensif. Grâce à elle, nous avons pu échanger avec des enseignants-chercheurs de cette toute nouvelle faculté qui intègre dans son programme universitaire l’agroécologie. Sucléidis nous a ensuite fait visité une ferme agroécologique utilisant l’énergie éolienne, un organopónico (emblème de l’agriculture urbaine à Cuba) et le « jardin familial » d’un couple de retraités.

Bien entendu, il nous a été impossible d’effectuer un tour d’horizon aussi complet que désiré. D’une part, le temps nous manquait, d’autre part, notre visa touristique ne nous permettait pas d’aller à la rencontre de n’importe quel agriculteur ni de n’importe quelle structure…

Finalement, toutes les fermes que nous avons visitées sont des « références nationales » ; on s’explique : Cuba dispose d’un système bien particulier pour promouvoir une agriculture durable et soutenable en stimulant les paysans. Il existe en effet un système de reconnaissance du travail accompli, qui, via une structure appelée « Comisión nacional agricultura urbana y periurbana », décerne aux producteurs ou coopératives les plus méritants (et bien sûr respectant les principes d’une agriculture «  durable ») des titres de « référence nationale ». Une fois la « référence » obtenue, les paysans peuvent demander des titres plus glorieux : « excellence », « couronne », « double couronne » et la plus prestigieuse de toute, « triple couronne ». Non seulement ce genre de titre est prestigieux pour les producteurs concernés, mais il leur permet surtout d’être prioritaire pour l’achat d’intrants (ô combien difficile à Cuba) et pour la participation à des évènements agricoles nationaux ou internationaux.

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