Jardins Bellamar de Matanzas : Un projet de permaculture

Notre premier contact avec l’agroécologie cubaine eût lieu lors de notre visite des jardins Bellamar à Matanzas. Nous avons été accueillie sur ce projet de permaculture grâce à trois amis agronomes, (Mathieu, Auréline et Anne : merci les copains pour votre accueil « à la cubaine »!) qui ont travaillé durant trois mois pour aider à la mise en place du projet.

A l’origine de cette initiative « permaicole », se trouve la « Fundación Antonio Juan Jiménez Nuñez, para el Hombre y la Naturaleza » (FANJ). Elle s’implique dans de nombreux projets sur tout le territoire cubain, dans les domaines de l’éducation, de l’environnement et de l’histoire. Un de ses membres et chef du projet Bellamar, Esteban Grau, a été notre guide.

Revenons d’abord sur l’historique de la zone Bellamar. Tout commence en 1940, lorsque les grottes Bellamar sont classées « patrimonio cálcico de la Cuevas de Cuba ». A partir des années 60, se trouvait à l’emplacement actuel du jardin une ferme étatique d’aviculture qui fonctionnait sur le modèle de la « révolution verte » (à grand renfort d’intrants). Au début de la période spéciale, cette ferme est délaissée, comme de nombreuses autres, et ce terrain devient une « poubelle géante », décharge de la ville de Matanzas. Il y a 3 ans, le projet de permaculture voit le jour, avant tout pour contrer un projet de construction d’un complexe immobilier. En effet, ce projet immobilier allait déloger les quelques familles vivant sur ces terres et sans aucun doute dégrader les grottes se trouvant dans son sous-sol.  Ce projet Bellamar vise à la fois la réhabilitation de terres dégradées et la protection des grottes, terrain de jeu incontournable des spéléologues du  monde entier. L’idée de la création d’un jardin en permaculture s’est imposée aux concepteurs du projet (dont Esteban fait partie). En effet, les principes de la permaculture coïncident avec ceux de la fondation Nuñez, qui comprennent les dimensions sociales et environnementales.

D’après Esteban, le principal objectif de la permaculture et donc du projet Bellamar est d’atteindre l’autosuffisance de la ferme, tant alimentaire, qu’énergétique et économique. En cela, la permaculture va plus loin que l’agroécologie, puisque cette dernière n’inclut pas forcément ce principe d’autonomie de la ferme.

Pour atteindre cet objectif d’autosuffisance, la notion d’ « intégration totale de la ferme » est capitale. Elle intègre tous les aspects de la vie de la famille : construction écologiques des bâtiments, sources d’énergies alternatives, recyclage de l’eau grise, gestion des déchets, installation de toilettes sèches, etc. Le principe est donc le suivant : « aprovechar lo que ya tiene en la finca » (« profiter de tout ce qui est présent dans la ferme »).  Cela signifie aussi que la permaculture est un projet de vie familiale, qui inclut la production des aliments, l’harmonie du lieu de vie, la santé, etc. Bien entendu, tout comme Rome ne s’est pas faite en un jour, cela doit se construire petit à petit, selon ce que l’on pourrait appeler la « philosophie du calme ».

La « zonification » de la ferme est aussi très importante : il s’agit de la penser « ergonomique ». Par exemple, le jardin potager, qui nécessite beaucoup de travail, doit se situer au plus proche des habitations. Pour Esteban, une telle ferme doit comporter plusieurs zones dans le but d’atteindre l’autonomie :

  • Zone 0 : Habitations, lieu d’échange, récupération et recyclage de l’eau, production d’énergie.
  • Zone 1 : Jardin potager, plantes aromatiques et médicinales (souvent sous forme de Mandala)
  • Zone 2 : Elevage
  • Zone 3 : Production de féculents, céréales (manioc, patates, maïs,….)
  • Zone 4 : Fruitiers et pâturage
  • Zone 5 : Forêt pour la protection d’espèces « natives » et la production de bois pour la charpente/menuiserie.

 Les « Mandala », curiosités de la permaculture,  sont des parterres productifs (où sont cultivées plantes potagères, médicinales, aromatiques, ornementales) entre lesquels les allées définissent un dessin symbolique. L’objectif de ces « mandala » est de permettre un accès facile entre chaque plante ou groupe de plante et surtout de créer une « atmosphère » agréable, grâce à une intégration paysagère des plantes cultivées. Le projet Bellamar en compte plusieurs : le symbole du sexe féminin, celui du soleil et un autre, plus « terre à terre », rendant hommage à la FANJ (beau travail compañeros pour ce mandala!).

Dernière recommandation sur laquelle a insisté notre guide : si la permaculture a des principes « immuables » et reproductibles, il faut garder à l’esprit que chaque ferme dispose de spécificités (climatiques, pédologiques, sociales…) auxquelles le concept de la ferme en permaculture doit s’adapter. Les agriculteurs doivent expérimenter par eux-mêmes les pratiques qui sont en adéquation avec le milieu dans lequel ils vivent ; certains formateurs et agronomes, oublient parfois ce principe de base…

Plus concrètement, le projet Bellamar, qui s’étend sur 11 hectares préalablement nettoyés de leurs déchets et dont seulement 5 sont cultivés aujourd’hui, n’en est qu’à ses débuts. Il compte sur une «  communauté » de 12 familles (certains sont les descendants des salariés de la ferme avicole étatique) qui n’ont jamais cultivés la terre, mais tous ont reçus des formations sur la permaculture, ses principes et ses techniques. Lors de notre visite, seulement deux couples s’investissaient dans le projet : Cusa et Roberto ainsi que Iraida et son mari, salariés de la fondation Nuñez. La prochaine étape sera la production de plantes ornementales pour la vente directe dont se chargeraient certaines femmes aujourd’hui « inactives ». L’objectif à plus long terme est le suivant : toute la communauté devra se souder autour de ce projet, y participer. D’après Esteban, il faut d’abord pour cela que chacun y « trouve son compte », comprenne et observe que ça marche. Selon un dicton cubain : « la palabra convence, pero el ejemplo arrastra », soit « la parole peut convaincre, mais l’exemple démontre ».

Esteban et son équipe se fixent aujourd’hui des objectifs datés. Ils veulent rapidement construire un point de vente sur la ferme (ce qui n’est autorisé par l’Etat que depuis peu), pour pouvoir vendre la production. Dans 2-3 ans, ils pourront commencer la production de riz, qui nécessite au préalable un très important travail de préparation du sol. Dans les 5 ans à venir, les producteurs devraient pouvoir atteindre une autonomie financière grâce aux produits de la vente. Ils ne recevront alors plus de salaire de la part de la fondation. Enfin, dans une dizaine d’année, la production devrait permettre l’autosuffisance alimentaire de quelques familles, et à plus long terme de toutes les familles.

Plus d’informations sur la fondation  : http://www.fanj.org/

et sur la FAL: http://www.franceameriquelatine.org/

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3 réflexions au sujet de « Jardins Bellamar de Matanzas : Un projet de permaculture »

  1. bien vu les jardins BELLAMARpour la culture CUBAINE nous esperons R A S pour toi bonne continuation BISES a plus pour la suite

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